“ENFER” mées

Avec les femmes détenues de la Maison d’arrêt de Rouen.

Avec un effectif de 2 033 au 1er juillet 2022, les femmes détenues ne représentent que 3,5 % de la population carcérale en France. Leur faible nombre entraîne un isolement fort, d’un point de vue géographique, familial et social. 

Les activités sont par exemple essentiellement réservées à leurs homologues masculins. En 2020, avec l’aide de la responsable culture de la maison d’arrêt de Rouen, nous avons monté un atelier photo autour de l’idée du corps enfermé. Nous nous sommes vues à huit reprises avec un groupe de cinq femmes, aux profils très diverses. 

Elles ont parlé de la perte de leur féminité, de la disparition de leur corps derrière de larges habits et des préjugés. Lors des ateliers, elles ont joué avec leur image. Travail aux multiples mains, elles et moi avons photographié, puis développé les images, in situ, à l’aide de la technique du cyanotype. Elles ont pu emporter dans leurs cellules leurs images bleutées sur papier Canson. Les corps enfermés se sont peu à peu exprimés, apaisés. Et le temps d’un instant, retrouvés.